Vendredi 7 décembre 2007
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20:46
"Cet après-midi là, je me réfugiai dans ma chambre et lus les première page de mon nouvel ami. Avant même d'avoir pu m'en rendre compte, je me
retrouvai dedans, sans espoir de retour.
A mesure que j'avançais, la structure du récit commença à me rappeler une de ses poupées russes qui contiennent, quand on les ouvre, d'innombrables répliques d'elles-mêmes,
de plus en plus petites. Pas à pas, le récit se démultipliait en mille histoires, comme s'il était entré dans une galerie des glaces où son identité se scindait en des douzaines de reflets
différents qui pourtant étaient toujours le même.
Page après page, je me laissai envelopper par le sortilège de l'histoire et
de son univers, jusqu'au moment où la brise de l'aube vint caresser ma fenêtre et où mes yeux fatigués glissèrent sur la dernière ligne. Je m'allongeai dans la pénombre bleutée du petit jour, le
livre sur la poitrine, et j'écoutai les rumeurs de la ville endormie couler goutte à goutte sur les toits tachetés de pourpre. Le sommeil frappaient à ma porte, mais je refusai de me rendre. Je
ne voulais pas perdre la magie du récit ni dire tout de suite adieu à ses personnages."
Ce jour là, Daniel, 10 ans, revient du cimetierre des livres oubliés, un de ces secrets que recèlent la Barcelone gothique. Chaque visiteur doit y adopter et sauver un livre, un seul ! Pour
Daniel ce fut l'ombre du vent, et ce livre va devenir l'Histoire de sa vie.
Je ne saurais mieux dire que Zafon lui-même, poupée russe, galerie des miroirs, son livre est tout cela et plus. Roman d'apprentissage, histoire d'amour romanesque, peinture noire et glauque de
la Barcelone franquiste encore exsangue après les années de guerre civile, analyse toute en finesse des rapports profonds mais délicats entre père et fils. Entre plusieurs père et plusieurs fils.
car autour de Daniel, les images paternelles se multiplient, se dédoublent, chaque facettes se reflétant dans la personalité de l'adolescent. Dans ce livre d'hommes, les personnages masculins
sont d'une force étonnante, Julian le mentor rêvé, Fermin le guide, Fumero la part d'ombre, Barcelo l'initiateur, Isaac le gardien, Sempere senior l'ancre, d'autres pères encore surgis du passé,
tous aposant leur marque sur ce récit multiforme. A contrario les femmes du livres, aussi essentielles soit-elles, restent lointaines, évanescentes comme la mère de
Daniel morte trop tôt et dont il désespère d'avoir oublié le visage. Ou comme Barcelone, personnage féminin au centre du récit mais brumeuse, charmeuse,
insaisissable.
Commencé comme un hymne à la lecture, ce magnifique roman se ramifie en plusieurs fils conducteurs aux genres bien marqués, une intrigue policière complexe, une atmosphère glauque et
étouffante, un brin de fantastique, l'esquisse douloureuse d'une époque sombre, de l'aventure et du romanesque... Dans un style superbe de couleur et de texture... Sublime !
Merci Bluegrey de m'avoir vanté ce livre avec tant d'éloquence !
Les avis de Flo, Kalistina,
Allie, Caroline et... Bluegrey (j'en
oublie certainement)
L'ombre du vent (La sombra el viento) - Carlos Ruiz Zafón - 2001
- traduit de l'espagnol par François Maspero - Grasset 2004
Par yueyin
-
Publié dans : roman espagnol
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Bienvenue au club !
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Un livre qui m'a bouleversée et profondément émue.
@Chimère : je crois que c'est un message subliminal ;-)
J'ai ce livre dans ma PAL. Il faut que je fasse une pause dans mes emprunts à la biblio pour écluser ma pile perso.
Pour samedi j'ai hâte :-))
Après te l'avoir mis entre les mains quasi de force, je suis très heureuse que ce livre t'ai autant plu qu'à moi... et soulagée aussi ! Je m'en serai voulu s'il ne t'avait pas plu, mais il n'y avait pas grand risque !
En tout cas tu peux tenter l'ombre du vent, je pense (j'ose m'avancer ouiiii ) qu'il te plaira ;-)
Ce livre fait partie de mes GROS GROS coups de ceour!